L'utilisation
des plantes au Japon
Les
plantes dans la littérature
Les plantes
dans les beaux-arts
Les plantes
dans le Japon moderne
L'archipel nippon, qui s'étend
du nord au sud sur près de 3500 kilomètres, présente
des climats et des végétations très variés.
Les botanistes estiment à 5 à 6000 le nombre d'espèces
végétales indigènes. La présente section traite
principalement de certaines plantes à graines (spermatophytes) qui
revêtent une importance particulière aux yeux des Japonais.
En matière de distribution des plantes, le Japon est compris dans la zone tempérée de l'Asie orientale et peut se diviser en cinq zones principales, a savoir:
1.
La zone subtropicale, qui inclut le groupe des îles Ryukyu et Bonin.
Les plantes caractéristiques sont le gajumaru (Ficus microcarpa)
des Ryukyu et le himetsubaki (Schima wallichii) des îles
Bonin.
2.
La zone tiède à tempérée des forêts d'arbres
à large feuillage persistant couvre la majeure partie du sud de
Honshu, de Shikoku et de Kyushu. Le yabutsubaki (Camellia japonica),
le shiinoki (Castanopsis sieboldii) et le kusu (Cinnamomum
camphora) font partie de ses plantes caractéristiques.
3.
La zone froide à tempérée des forêts d'arbres
à large feuillage caduc couvre le centre et le nord de Honshu et
la partie sud-ouest de Hokkaido. Les plantes caractéristiques comprennent
le konara (Quercus serrata) et le buna (Fagus crenata).
4.
La zone subalpine inclut le centre et le nord de Hokkaido. Ses plantes
caractéristiques comprennent le kokemono (Vaccinium vitisidaea)
et le tohi (Picea jezoensis).
5.
La zone alpine couvre les plateaux du Honshu central et le centre de Hokkaido;
ses plantes caractéristiques sont notamment le haimatsu (pinus
pumila) et le komakusa (Dicentra peregrina).
Bien que certaines plantes soient entrées au Japon très tôt dans l'histoire de l'archipel, la plupart des plantes adaptées furent introduites peu de temps après le début de l'ère Meiji (1868-1912). On estime entre 200 et 500 le nombre de plantes adaptées. Bien que la plupart proviennent d'Europe, on trouve de plus en plus d'espèces originaires des États-Unis depuis quelques années.
Utilisation des plantes au Japon:
Les Japonais, depuis le début des temps, ont utilisé les plantes pour leur alimentation et à de multiples autres fins telles que l'habillement, les médicaments, les teintures, les huiles, la toiture, la sculpture, le papier, la sparterie, les chapeaux, les cordages, les paniers et le combustible. La plupart des plantes désormais réservées à ces usages sont indigènes mais la majorité des plantes comestibles auraient été importées du continent asiatique.
Les plantes dans la littérature:
La beauté de la nature, exprimée
par le terme kacha fugetsu ("fleurs, oiseaux, vent et lune") est
le thème principal de la littérature japonaise, particulièrement
dans le waka (poème à 31 syllabes) et le haïku.
Le fait que les fleurs soient le premier terme de cette expression ne semble
pas être un hasard. Le "Récit de Gentils", écrit vers
l'an 1000 et réputé pour ses descriptions superbes de la
nature, se réfère à 101 sortes de plantes. L'utilisation
fréquente d'arbres et de plantes dans les métaphores est
souvent considérée comme l'une des caractéristiques
de la littérature japonaise.
Pour les Japonais, la nature n'est
pas seulement un objet d'esthétisme, c'est également un élément
évocateur de sentiments poétiques intenses. Le peuple nippon
aime les fleurs, pas tant pour leurs parfums et leurs couleurs que pour
leurs formes et leur pouvoir émotionnel. L'importance particulière
que les Japonais accordent aux saisons dans leur poésie est un moyen
d'exprimer leur observation intense et leur goût des plantes, signes
d'une nature qui meurt et se renouvelle sans cesse. Comprendre cette attitude
est essentiel pour apprécier la littérature japonaise traditionnelle.
Les plantes dans les beaux-arts:
Traditionnellement, la peinture et les autres arts japonais reposent essentiellement sur la sensibilité de l'artiste envers la nature et ils s'expriment généralement de manière délicate, précise et avec une grâce simple. Les représentations japonaises traditionnelles de paysages n'utilisent pas la vaste gamme de couleurs présente dans la peinture à l'huile de style occidental. Les sculptures sont aussi délicatement travaillées et de petite taille. Les plantes, les fleurs et les oiseaux sont fréquemment reproduits dans leurs couleurs réelles sur les tissus, les laques et la céramique. L'amour des formes naturelles et la volonté de les exprimer de façon idéale sont les motivations premières du développement des arts japonais traditionnels tels que l'arrangement floral, la cérémonie du thé, les plateaux à paysages (bonkei), les bonsai et la création de jardins et paysages.
Les premiers habitants créèrent
des rites sacrés d'exorcisme, d'ablution et de divination dans l'espoir
d'éviter les catastrophes naturelles. Ces actes mystico-religieux
et la crainte de la nature en général conduisirent ces peuples
à voir des symboles du divin dans les arbres et les fleurs. Ainsi,
les Japonais vénéraient autrefois les premiers arbres à
feuilles persistantes, pins (matsu), cèdres (sugi),
cyprès (hinoki) et camphriers (kusunoki) qui, croyaient-ils,
servaient d'habitation (yorishiro) aux divinités qui descendaient
sur terre. La coutume consistant à décorer les portes des
maisons avec des branches de pin (kadomatsu) le premier jour de
l'année permettait, selon la croyance, d'accueillir les divinités.
Une autre coutume populaire relative
aux fleurs, la "vision des fleurs" (hanami) remonte également
à l'antiquité. Pratique à l'origine fortement liée
aux rites agricoles, elle devint par la suite un pur divertissement. La
fleur la plus admirée est le sakura (cerisier en fleur).
Une cérémonie annuelle organisée par la cour impériale
afin d'admirer les cerisiers fut instaurée à l'époque
de Heian (794-1185). La coutume consistant à organiser des cérémonies
annuelles pour admirer les fleurs s'est vraiment répandue à
l'époque d'Edo (1603-1867). Outre le sakura, les ume
(prunier du Japon), fuji (glycine), kiku (chrysanthème)
et hasu (lotus) sont d'autres plantes qu'il est courant d'admirer.
Les premiers Japonais vénéraient la nature comme une divinité. Ils croyaient que les reliefs naturels tels que les montagnes, rivières, roches et plantes avaient tous un esprit; ils leur offraient donc leurs prières et leur demandaient pardon. Les Japonais utilisaient des arbres à feuilles persistantes tels que les pins et le sakaki (Cleyera japonica) lors des festivals religieux car ils étaient supposés servir d'habitations aux dieux; les produits de la mer (algues, poissons et coquillages) ainsi que les légumes frais étaient offerts aux divinités à la place d'animaux. Le shintoïsme observe toujours ces traditions. Le bouddhisme, qui fut introduit au japon vers le VIè siècle, interdit la destruction de créatures vivantes; on utilisa donc des fleurs et des plantes pour ses rituels, pratique qui est toujours respectée.
Les plantes dans le Japon moderne:
Les Japonais commencèrent à s'intéresser aux valeurs modernes et occidentales à l'ère Meiji et se détournèrent de la nature. Ce changement fut alors généralement considéré comme un progrès mais l'une des conséquences majeures de l'industrialisation rapide du pays (plus particulièrement depuis la Deuxième Guerre mondiale) fut l'exploitation anarchique de la nature ainsi que la déforestation sauvage. Cela entraîna une pollution généralisée qui toucha toutes les composantes de la société nippone. Les Japonais réalisèrent récemment que le "progrès", qu'ils pensaient alors totalement bénéfique, ne l'était pas forcément et que la conservation et la restauration du milieu naturel devait être une priorité majeure. De nombreux Japonais estiment maintenant que la flore du pays, d'une grande richesse, devait être protégée et traitée comme avant.