La préhistoire et la protohistoire

La période ancienne

Le moyen-âge

L'époque moderne




PRÉHISTOIRE ET PROTOHISTOIRE

    Depuis la fin du XIXè siècle, l'âge des dieux et les règnes des empereurs anciens sont devenus Préhistoire et Protohistoire et sont périodisés suivant le critère du matériel utilisé. Les informations écrites de sources chinoises, contemporaines, ou japonaises, notablement postérieures, commencent vers le IIIè siècle de notre ère, qui peut être considéré comme le moment du passage de la Préhistoire à la Protohistoire.
    Le Paléolithique s'achève vers 8000 avant notre ère pour faire place au Néolithique, souvent désigné sous le nom d' "époque de la poterie à décor cordé" jômon, qui dure jusqu'au début du IIIè siècle avant notre ère. Les spécialistes distinguent cinq sous-périodes suivant l'aspect de la poterie. Du IIIè siècle après notre ère, s'étend l'époque dite "de Yayoi", du nom du lieu qui a fourni les premiers spécimens de poterie caractéristique de ce temps. Cette époque est marquée par l'introduction de la riziculture irriguée, l'usage du métal, et par les premières relations connues avec la Chine et la Corée. Elle fait transition entre la Préhistoire et la Protohistoire.
    Elle est suivie par l'époque des "Grandes Tombes" (kofun) qui commence au IIIè siècle et s'achève à la fin du VIè siècle. Les grands tumulus, sépultures de chefs locaux, caractérisent cette période au cours de laquelle, par un processus qui nous échappe en grande partie, la dynastie du Yamato a étendu son autorité sur la plus grande partie des îles de Hondo, Kyû-Shû et Shikoku, fait sentir son influence sur le sud de la Corée et progressivement assimilé divers apports culturels du continent dont le plus notable, au VIè siècle, est le bouddhisme.
 
 
 

PÉRIODE ANCIENNE

    A la fin du VIè siècle commence la période ancienne qui dure jusqu'au XIIè siècle. On utilise souvent le terme de "période d'Asuka", du nom de la région méridionale de la province du Yamato ou du bassin de Nara où les souverains ont eu, la plupart du temps, leur résidence, pour désigner le VIIè siècle ou, plus exactement, la période qui va de 593 à 710. Ce siècle vit, en trois étapes, l'assimilation des principaux aspects de la civilisation chinoise (écriture, pensée, organisation administrative), la transformation des grands et des puissants locaux en un corps de fonctionnaires. On distingue trois subdivisions: la première campagne de sinisation avec le prince Shôtoku (574-622), les grandes réformes du milieu du siècle, et, après 672, l'organisation définitive de ce qu'on nomme "État régi par les codes", le code de Taihô (701) modifié en 718, ayant servi de législation fondamentale durant toute l'époque ancienne.
    L'histoire de l'art, elle, distingue une période d'Asuka qui désigne essentiellement le premier art bouddhique du début du VIIè siècle et une période dite "Hakuhô", de 645 à 710 (le nom de Hakuhô est celui d'une ère qui aurait duré de 649 ou 650 à 653 ou 654).
    La période d'Asuka forme le prologue de l'époque ancienne dans laquelle on distingue souvent les époques de Nara et de Heian. La cour résida à Heijô-kyô (Nara), première capitale permanente, de 710 à 784 et, après dix ans d'hésitation, Heian-kyô (Kyôto) fut le site définitivement choisi en 794. L'époque dite "de Nara", soit le VIIIè siècle, serait le moment où les codes auraient été le plus exactement appliqués, où on se serait le plus rapproché de l'idéal de centralisation bureaucratique à la chinoise, d'où le terme d'"époque de l'Etat régi par les code", ritsuryô kokka; les historiens de l'art parlent, eux, de l'art des ères Tenpyô (729 à 766).
    On distingue, dans l'époque dite "de Heian", une période antérieure qui va jusqu'au milieu du Xè siècle, durant laquelle le régime des codes, quoique miné lentement, se maintient cependant, et une période postérieure qui voit sa décadence définitive, l'apparition et la multiplication de relations de clientèle au sein de l'aristocratie des fonctionnaires comme dans le reste de la société, le développement de domaines jouissant d'exemptions fiscales. L'expression ôchô jidai, époque dominée par l'aristocratie de la cour, tend maintenant à enter dans l'usage pour désigner cette période postérieure. On distingue de la fin Xè à la fin du XIè siècle la période dite "des Fujiwara" ou "du gouvernement des régents" (Fujiwara), sekkan jidai, et de la fin XIè à la fin XIIè siècle la période dite " du gouvernement des empereurs retirés", insei jidai, moment de décadence profonde pour la cour, de montée des lignages guerriers. L'histoire de l'art retient les noms des périodes Kônin (810-824) et Jôgan (859-877), du nom d'ères du IXè siècle, et de période Fujiwara qui couvre à peu près les Xè, XIè et XIIè siècles. L'époque ancienne s'achève quand un lignage guerriers, celui des Taira, réussit à dominer la cour de 1159 à 1180, ce fait marquant l'entrée dans le Moyen Âge.
 
 
 

MOYEN ÂGE

    Le Moyen Âge dure jusqu'au XVIè siècle; on parle aussi à son sujet d'âge des guerriers, buke jidai, ou d'âge féodal, hôken jidai. L'année 1185, date de la défaite définitive des Taira devant leurs rivaux, les Minamoto, est souvent choisie pour début de l'époque de Kamakura, du nom de la ville de l'est du pays où Minamoto no Yoritomo établit les organes de son gouvernement qui devaient y rester jusqu'en 1333. Cette époque de Kamakura constitue la première étape du Moyen Âge. Yoritomo avait reçu de la cour, en 1185, le droit de nommer des officiers domaniaux et des espèces de gouverneurs militaires chargés de contrôler, en son nom, les agissements des guerriers d'une province et, depuis 1192, il avait été gratifié par l'empereur du titre de "général chargé de la pacification des barbares de l'Est", abrégé en "général", shôgun, qui lui donnait autorité sur les guerriers, principalement sur ceux qui s'étaient reconnus ses hommes; ce titre devait rester jusqu'en 1867 celui de tous les chefs des gouvernements militaires, gouvernements dont le pouvoir s'exerçait principalement sur les guerriers, ou bakufu, que connut le Japon. Le régime de Kamakura, ou premier bakufu, est caractérisé par l'existence d'une double série d'institutions: celles de l'époque ancienne qui achèvent de mourir et celles, nouvelles, du gouvernement des guerriers, et par l'inexistence de tendances centrifuges, les organes de Kamakura maintenant un contrôle strict sur les guerriers de tout le pays.

    On distingue trois sous-périodes. La période antérieure va jusqu'en 1221, période d'organisation qui s'acheva en 1219 par l'élimination des descendants de Yoritomo et, en 1221, par une ultime et vaine tentative de résistance de la cour; la période moyenne est celle de l'apogée du régime dirigé par les régents Hôjô. La période finale s'ouvrit par l'épisode glorieux de l'échec des invasions mongoles, en 1274 et 1281; mais le début du XIVè siècle vit renaître l'agitation de la cour, des grands monastères et des guerriers, vassaux ou non du bakufu.
    La brève période de restauration de l'ère Kenmu (1333-1336) marque l'entrée dans un deuxième âge féodale caractérisé par des désordres généralisés et par un schisme dans la maison impériale, entre la cour du nord, ou de Kyôto, qui avait conféré les prérogatives de shôgun à Ashikaga Taka.uji, autorisant ainsi la fondation du deuxième bakufu, celui des Ashikaga (1338-1573), et la cour du sud, ou de Yoshino. On désigne les années 1336-1392 sous le nom de "période des cours du nord et du sud", Nanboku-chô; avant la guerre, on ne parlait que de la période de la cour de Yoshino, parce que l'historiographie officielle considérait que la succession légitime s'était transmise par la cour du sud, bien que la réunification se fût faite au profit de la cour du nord.
    Cette période recoupe l'époque dite "de Muromachi", du nom du quartier de Kyôto où les shôgun Ashikaga installèrent leur résidence à partir de 1378; on admet souvent que l'époque Muromachi va de 1336 à 1573, et que la période des cours du nord et du sud n'en constitue que la première subdivision. L'époque de Muromachi est caractérisée par l'affaiblissement rapide du contrôle des shôgun sur les gouverneurs militaires provinciaux qu'on prend l'habitude de nommer daimyô. L'apogée du régime se situe au début du XVè siècle, avec le gouvernement du troisième shôgun Yoshimitsu (1358-1408). A partir de 1467, les troubles se sont généralisés et on est entré dans la période qu'on nomme période des luttes entre les provinces (sengoku). Elle constitue la période finale de l'époque de Muromachi et se caractérise par l'effacement total de toute autorité centrale et par le renouvellement rapide, surtout au XVIè siècle, des familles de daimyô, ce que des contemporains appellent, d'une expression reprise par certains historiens, "l'âge de la subversion", du renversement des hiérarchies, gekokujô jidai. Le développement des villes et du commerce, les premiers contacts avec les Occidentaux qui ont apporté le christianisme et les armes à feu, sont des traits essentiels de cette période que certains historiens considèrent comme la première des temps modernes plutôt que comme la fin du Moyen Âge.
    Du point de vue de l'histoire de l'art, on met l'accent sur deux moments dans l'époque de Muromachi; l'extrême fin du XIVè et le début du XVè siècle, et la seconde moitié du XVè siècle. On parle, à propos du premier, de "période d'épanouissement des arts et des lettres de Kitayama", qui fleurit autour du shôgun Yoshimitsu et tire son nom du lieu situé dans les collines du nord de Kyôto où il avait placé sa résidence, connue par la suite sous le nom de Pavillon d'or. Le second est désigné sous le nom de "période d'épanouissement des arts et des lettres de Higashiyama", parce que le shôgun Yoshimasa s'était installé dans les collines de l'est de Kyôto au Pavillon d'argent.
 
 
 

ÉPOQUE MODERNE

    La fin du XVIè siècle appartient incontestablement à l'époque moderne, elle forme une courte période de transition souvent nommée "époque d'Azuchi-Momoyama". Elle vit la réunification progressive du pays par l'action de trois chefs: Oda Nobunaga, qui fonda Azuchi; Toyotomi Hideyoshi, qui bâtit la résidence de Momoyama au sud de Kyôto; et Tokugawa Ieyasu. Les traits caractéristiques de ce temps sont l'organisation de la caste des guerriers (qui furent contraints d'abandonner toute activité autre que celle des armes et de se rassembler auprès de leurs seigneurs), la liquidation des dernières traces du système domanial, l'organisation d'un système fiscal et d'un cadastre fondés sur des règles uniformes. La date de 1600 marque la victoire de Ieyasu, prélude à sa nomination de shôgun qui fit de lui le fondateur du troisième bakufu en 1603.
    De 1603 à 1867, l'époque moderne porte les noms d'"époque d'Edo", capitale des shôgun, ou d'"époque des Tokugawa", nom de la famille investie de la charge. Le régime d'Edo est de structure féodale puisque le pays était divisé en fiefs, mais le contrôle du gouvernement d'Edo sur les daimyô était très fort. Certains nomment cette époque "troisième âge féodal", opposant à la féodalité naissante de Kamakura et à la féodalité anarchique de Muromachi, la féodalité bureaucratique et ordonnée d'Edo. Le mot féodal, dans ce cas, évoque les deux traits qu'on s'accorde à reconnaître à la société d'Edo, son goût de la hiérarchie et la rigidité des statuts sociaux qui s'acquièrent par naissance et ne peuvent être changés.
    L'époque peut se diviser en quatre parties: périodes antérieure, moyenne, postérieure et finale. La première couvre les règnes des trois premiers shôgun et s'achève avec la mort de Iemitsu en 1651; elle vit l'organisation du régime, la suppression du christianisme, l'expulsion des étrangers, la fermeture du pays. La deuxième marque l'apogée du gouvernement d'Edo et se caractérise par la paix intérieure, le développement du commerce, le brillant de la civilisation urbaine et bourgeoise qui atteignit  son point culminant à la fin du XVIIè et au début du XVIIIè siècle à l'ère Genroku (1688-1703). La troisième voit apparaître des signes de vieillissement, d'usure du régime, des difficultés économiques pour les paysans, pour les guerriers et pour le gouvernement d'Edo lui-même. Cependant rien de cela n'était mortel et, par ailleurs, la vie intellectuelle, l'intérêt pour les études hollandaises (les Hollandais étaient les seuls étrangers autorisés à faire du commerce), pour les sciences de la nature et pour les sciences exactes, firent des progrès notables. La quatrième et dernière période commence en 1853 avec l'arrivée des étrangers et l'ouverture du pays qui provoque l'agonie rapide du bakufu et la restauration impériale de 1868. L'ére Meiji inaugure l'entrée dans l'époque contemporaine dont la Deuxième Guerre mondiale marque une articulation fondamentale.